Promenons-nous dans les Bois
Voir si le Loup y est !!!
Au cœur de la Brenne, non loin des châteaux de la Loire, l’une des plus belles et des plus importantes "Réserves" d’Europe vous invite à la promenade sous ses ombrages. Après un parcours-safari en voiture de 4 km, partez en famille, à pied ou en vélo, à la rencontre de plus de 1000 animaux à plumes et à poils de 100 espèces différentes, représentant les 5 continents !

Des observatoires et des affûts permettent de surprendre les animaux dans leur comportement naturel (si toutefois, vous ne faites pas de bruit !). Bénéficiant de grands espaces, les animaux évoluent dans une quasi liberté qui leur laisse le loisir de se montrer à vous ou de se cacher si votre approche n’est pas circonspecte… Fini, ici, les animaux stressés derrière des barreaux, leur observation se mérite, tout comme dans le milieu naturel !
Si le Parc de la Haute-Touche possède la plus belle collection de Cervidés en Europe –cerf élaphe, cerf mulet, cerf de Virginie, wapiti, élan, daim de Mésopotamie, chevreuil, renne, cerf cochon, cerf axis, cerf de Duvaucel, sambar, cerf du Père David, cerf hydropote, muntjac, cerf sika du Japon et de Formose, cerf de Dybowski, cerf pseudaxis, cerf d’Eld – nombreuses sont toutes les autres espèces, jusqu’à de très rares, présentes ici.
Ainsi, au départ de la visite à pied, les loups à crinière sont les premiers Canidés que vous découvrez. Issus des pampas d’Amérique du Sud, leurs effectifs sont extrêmement limités. Aux yeux du profane, ils tiennent beaucoup plus du renard que du loup : magnifique toison rousse, prolongée d’une épaisse queue elle-même terminée d’une élégante pointe blanche. Cet étrange Canidé a droit à un genre propre dont il est la seule espèce, le genre Chrysocyon. Monté sur d’interminables pattes - exceptionnel pour un Carnivore !- notre star se déplace à l’amble comme… la girafe !
Plus loin, on rencontre les élégantes vigognes, quelques espèces de Cervidés, des pécaris, avant de traverser le domaine des alpagas, toujours très curieux, qui viennent sans aucune vergogne, vous observer sous le nez…
Quant aux hydropotes, leurs voisins, ce sont de véritables fossiles vivants ! Dépourvus de bois, ils ont cependant conservé des canines supérieures développées, très visibles de chaque côté de la bouche.
Le cerf pseudaxis retient ensuite toute notre attention. Cette espèce très rare, doit essentiellement sa sauvegarde à l’intervention des parcs zoologiques. Leurs velours aux vertus soi-disant thérapeutiques leur ayant valu quelques tourments dans leurs pays d’origine…
A quelques enclos de là, on rencontre les grandes gazelles du désert : oryx et addax, toutes deux menacées d’extinction mais où, là aussi, l’action conjointe des zoos permet à présent de les réintroduire dans leur milieu d’origine. .

Enfin, quelques cabiais (gros cochons d’Indes des marais d’Amérique du Sud) .
Voisins, les tigres de Sumatra surveillent le sous-bois. Gravement menacés d'extinction à cause de la pharmacopée chinoise, leur dépouille se négociant entre 60 000 et 100 000 dollars sur le marché asiatique !
Ce tigre ressemble beaucoup – quoiqu’en plus petit - à son cousin de Sibérie. Il est de couleur rousse avec des rayures noires sur tout le corps, du blanc sur le ventre, aux pattes et à la queue, ainsi que son collier de barbe. Le couple présent s’est déjà reproduit, nous donnant 2 magnifiques tigrons !
En face, sur un immense terrain, les loups du Mackenzie vaquent à leurs occupations sans se soucier du public se terrant immédiatement si celui-ci ne tempère pas son agitation...
Dans ce coin du parc tellement séduisant par l’atmosphère que diffusent les sous-bois et les animaux présents, un bel arbre retient tout à coup notre attention… Ca bouge là-haut ! On se fige. On observe. Soudain, on voit ! Des ratons-laveurs ! L’arbre en est plein ! Bien calés à la fourche d’une branche, les pattes dans le vide, certains dorment à poings fermés. D’autres jouent et se poursuivent. D’autres nous ont vus et s’approchent gentiment. C’est un ravissement ! Ils sont là, tout près de nous, leurs petits yeux maquillés nous fixant avec intelligence. La communion avec eux sera longue, un réel échange…
On s’arrache de cette communion avec difficulté pour rencontrer une troupe en éternelle effervescence : des dhôles, ces chiens asiatiques à la robe flamboyante.
Unique espèce du genre, le dhôle ou Cuon est intéressant tant par sa rareté ex-situ que pour l’enjeuin-situ. Présentés sur 8.000 m2 - le plus grand enclos au monde consacré au dhôle - une meute d’une trentaine d’indi-vidus présente ici toute la richesse d’une structure sociale épanouie. En terme de conservation mondiale, la Haute-Touche a réussi par cet élevage, à doubler ex-situ la population de la sous-espèce lepturus.
Les cerfs sika du Japon, qui se présentent à nous sur plusieurs enclos, sont en quelque sorte, les "sauveteurs" de leurs homologues de Formose (ci-contre) - que l’on peut voir sur le grand parcours circulaire - et de leurs voisins les cerfs d’Eld. En effet, les biches sika du Japon servent de "mères porteuses" lors des transplantations d’embryons réalisées à la Haute-Touche (voir p14) afin de pallier la disparition de ces 2 espèces. Le parc est le seul à détenir la sous-espèce siamensis de cerfs d’Eld, exterminée au Vietnam et en Thaïlande durant les guerres. Toutes sous-espèces d’Eld confondues, une douzaine d’individus sont présents au parc.
Dépassant les springboks bondissants, nous voici devant les hyènes rayées, présentes dans le parc depuis 1999. Cette hyène est facilement identifiable à sa grande crinière et à son pelage gris-jaune barré de bandes verticales plus sombres. Cette espèce est la seule à être présente aussi en Asie. Surtout nocturne, elle se dissimule, le jour, dans la végétation ou dans sa tanière. Pour l’apercevoir, il convient de l’approcher en fin de journée.
Plus loin, les guépards piquent des sprints ahurissants, tandis qu’en voisins, les zèbres tentent de relever le défi en galopant à toute allure aux côtés des girafes placides. Quel plaisir de voir ainsi les animaux s’ébattre dans un minimum de contraintes !
On termine ce grand tour pédestre - 13 kilomètres, si le cœur vous en dit, suivant le parcours que vous aurez choisi ! - par les lémuriens installés sur les îles, entre autres : makis varis bruyants ou makis cattas qui, avec leur queue annelée en point d’interrogation, charment tout le monde… Un babouin, perché en hauteur, tel un arbitre de tennis, surveille tout son petit monde et celui du voisin, d’un air scrutateur.
Fatigués mais ravis de notre balade, on s’installe à la terrasse du restaurant qui surplombe le parc et profitons de la vue. En sirotant une menthe à l’eau, on s’amuse à visionner sur notre appareil numérique le safari européen, effectué en voiture au début de la visite. On revoit ce beau loup européen, ambassadeur de nos loups des Alpes, ce don fait "en nature" par notre sœur latine, l’Italie, il y a 10 ans. Les bisons d’Europe qu’un Roi de Pologne visionnaire sauva de la destruction dans la forêt de Bialowieza au XVIIIeme siècle.

Les bouquetins et les troupeaux de cervidés d'Europe, comme le cerf élaphe...
En jetant un œil sur le plan du parc, on s’aperçoit qu’on n’a pas tout vu : des porcs-épics ou les cerfs du Père David ont échappé à notre exploration ! Cerf du Père David – le fameux milou ou Si bu xiang - qui a totalement disparu de Chine mais qu’un père Lazariste et naturaliste français – celui-là même qui découvrit le grand panda - œuvrant en Chine, sauva en ramenant 8 spécimens vivants qu’il donna aux zoos de Londres et de Paris. À son époque, le dernier troupeau survivant se trouvait dans un parc appartenant à l'empereur de Chine. Après avoir survécu à de catastrophiques inondations en 1895, les 20 à 30 derniers individus furent tués et mangés par les troupes japonaises et occidentales présentes en Chine durant la révolte des boxers.
Là aussi, les zoos réussirent à relever le défi : l’espèce fut sauvée. Le Muséum a aujourd’hui le projet d'en réintroduire en Chine, son pays d'origine.
Que de choses encore à découvrir ! Qu’à cela ne tienne : nous reviendrons
Viviane TYTELMAN

